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07.02.2007
A l’écoute des quartiers
Ellen Hertz

Fin 2006, une cinquantaine d’étudiants de l’Institut d’ethnologie sont allés à la rencontre des habitants de Pierre-à-Bot et de Serrières afin de collecter des données sur la qualité de vie dans leur quartier. Cette démarche constitue la première étape du projet Anim’action, qui a pour but de mieux intégrer les Neuchâtelois au développement de leur ville. Les résultats de l’enquête de terrain des ethnologues seront présentés lors de séances d’information et d’échanges devant déboucher sur la définition de propositions concrètes destinées à améliorer la qualité de vie en ville. Ellen Hertz, directrice de l’Institut d’ethnologie de l’Université de Neuchâtel, nous explique comment ses étudiants ont travaillé sur le terrain.

Qu’est-ce que l’ethnologie peut apporter à un projet comme Anim’action?

E.H. : L’avantage de notre discipline, ce sont ses méthodes. La méthode centrale en ethnologie est l’observation participante: le chercheur s’immerge complètement dans le milieu qu’il étudie. L’ethnologue fait peu appel au sondage d’opinion, qui découpe la réalité sociale en catégories prédéterminées. Au contraire, notre discipline traite son interlocuteur comme un sujet doté de connaissances, une personne qui réfléchit et agit selon son environnement, et non pas comme un objet d’étude à stimuler pour susciter une réponse.

Notre démarche, très peu dirigiste, s’applique particulièrement bien au projet Anim’action, car elle vise à amener les citoyens à proposer eux-mêmes des solutions pour améliorer la qualité de vie dans leur quartier.

La ville aurait-elle remplacé la «tribu» comme terrain ethnologique ?

E.H. : Depuis les années 60, l’ethnologie s’est rapprochée de la sociologie qualitative de l’Ecole de Chicago, pionnière dans l’étude du phénomène urbain et a commencé à s’intéresser à la ville. J’ai moi-même fait une étude sur Shanghai.

Vos étudiants ont passé trois mois à étudier les quartiers de Serrières et de Pierre-à-Bot, alors que les ethnologues consacrent généralement beaucoup plus de temps à leur terrain d’étude. Est-ce suffisant ?

E.H. : Trois mois ne seraient effectivement pas assez pour effectuer une vraie ethnographie de quartier. Mais pour l’enquête que les étudiants ont menée dans le cadre d’Anim’action, cela permet déjà de tirer des conclusions intéressantes.

Rien qu’à Serrières, 25 de nos étudiants ont rencontré environ 300 personnes et réalisé 560 heures d’entretien ! Le défi maintenant, c’est de synthétiser toutes les informations collectées pour pouvoir les restituer aux habitants de ces deux quartiers à l’occasion  des soirées de présentation et d’échanges.

Comment les étudiants sont-ils entrés en contact avec les habitants des deux quartiers ?

E.H. : La ville nous a fourni une liste de personnes de référence, comme les membres de l’association de quartier de Serrières ou les policiers de proximité, par exemple. Les étudiants sont également allés à la rencontre des gens dans le bus, dans les commerces ou encore dans les cafés. La Croix-Rouge les a également aidés à entrer en contact avec des personnes âgées.

La population a-t-elle toujours bien saisi la démarche des étudiants ?

E.H. : Pas toujours, surtout à la sortie des magasins, où les gens devaient penser que les étudiants voulaient leur vendre quelque chose ! Mais une fois que les personnes approchées avaient compris la démarche, elles avaient beaucoup à dire. Elles ont fait part d’idées très riches pour améliorer la vie dans leur quartier.

Quelles sont les premières conclusions que vous pouvez tirer des enquêtes qui ont été réalisées à Pierre-à-Bot et à Serrières ?

E.H. : Je réserve la divulgation des résultats détaillés aux séances d’échanges et d’information, qui auront lieu le 8 février à Serrières et le 14 mars à Pierre-à-Bot. Mais je ne trahirai pas de secret en vous disant que ce qui ressort de cette enquête de terrain, c’est la recherche d’une identité positive pour leur quartier que mènent les habitants de Pierre-à-Bot et de Serrières, et ce, pour des raisons fort différentes. Vivre dans un quartier, c’est aussi vouloir se sentir compris et valorisé comme membre d’une communauté.

Quelle est la prochaine étape d’Anim’action pour vous ?

E.H. : L’Institut d’ethnologie va passer le témoin au Centre de loisirs qui aura le soin d’animer les discussions publiques tant à Serrières qu’à Pierre-à-Bot. Lors de soirées d’échanges, des groupes de travail seront mis sur pied par les habitants. Ces groupes auront pour objectif de définir un ou deux projets destinés à améliorer la qualité de vie dans ces quartiers. En soutien à cette démarche de démocratie participative, le Centre de loisirs assurera le suivi de ce processus, qui mènera à des propositions très concrètes qui seront soumises à la Ville.

Malgré ce passage de témoin au Centre de loisirs, allez-vous continuer de suivre le projet ?

E.H. : Je suis réellement enchantée de ce projet et j’espère pouvoir continuer d’assurer son suivi ethnologique avec deux étudiants.

Le projet Anim’action va-t-il être étendu à d’autres quartiers de la ville ?

E.H. : Cette question ne dépend pas de moi, mais des autorités de la ville. L’avenir du projet est soumis à la force de mobilisation des gens qui s’engageront à Serrières et à Pierre-à-Bot pour améliorer la qualité de vie dans leur quartier. Si l’opération est un succès, il n’est pas exclu qu’elle soit reconduite ailleurs à Neuchâtel.

Christophe Kaempf

Soirées de présentation et d’échanges à Serrières, le jeudi 8 février à 20h00 à la salle de Serrières (ancien cercle), rue de la Coquemène 1, et à Pierre-à-Bot, école des Acacias, le mercredi 14 mars à 20h00.

Renseignements: www.neuchatelville.ch/animaction

Légende photo: «Si Anim’action est un succès, il n’est pas exclu que ce projet soit reconduit ailleurs à Neuchâtel.»

 


Christophe Kaempf

Vivre la ville!

N° 23 | 2016 |06.07.2016

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