Neuchâtelois célèbres

Neuchâtelois-e-s célèbres

Artistes, écrivains, scientifiques, psychologues, diplomates, polticiennes et politiciens de haut rang: Neuchâtel contribue largement, depuis deux siècles, à la diffusion des idées et des savoirs à travers le monde, grâce à des personnalité d'exception. La liste ci-dessous n'est pas exhaustive, loin de là! Les Neuchâteloises et Neuchâtelois qui représentent la vivacité de notre ville aujourd'hui seraient trop nombreux à mentionner ici, c'est pourquoi nous avons choisi de vous présenter quelques personnalités des XIXe et XXe siècles. A noter d'ailleurs que tous ne sont pas forcément né-e-s à Neuchâtel. Car ce qui fait la grandeur de notre petite ville, ce sont aussi celles et ceux qui, par hasard, amour ou nécessité, y ont un jour déposé leurs bagages et l'ont enrichie de la diversité d'esprit et de talent dont ils étaient porteurs. Bonne découverte!

Maurice Bavaud

Né le 15 janvier 1916 à Neuchâtel et mort exécuté le 14 mai 1941 à Berlin-Plötzensee, Maurice Bavaud est un citoyen suisse qui tenta d'assassiner Adolf Hitler en 1938. Fils d'un employé postal, élevé chez les frères des Ecoles chrétiennes, il entra au séminaire pour devenir missionnaire. S'étant rendu en Allemagne en octobre 1938, il tenta à plusieurs reprises d'approcher Hitler. Arrêté, il reconnut son intention de tuer le Führer. Ecroué à Berlin, il déclara au Tribunal avoir agi seul et considérer Hitler comme un danger pour l'humanité. Condamné à mort, il fut guillotiné en 1941. Resté occulté, son geste fut célébré en 1976 par le dramaturge Rolf Hochhuth, qui a vu en lui un nouveau Guillaume Tell. Niklaus Meienberg lui a consacré un film et un livre. En 1989 et en 1998, le Conseil fédéral a reconnu que les autorités suisses de l'époque avaient abandonné Maurice Bavaud à son sort.

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Maurice Bavaud.

Tilo Frey

Née au Cameroun en 1923 d’un père suisse et d’une mère peule, Tilo Frey suit à l'âge de 5 ans son père, ingénieur de formation, et s’établit à Neuchâtel. Elle sera en butte au racisme et réagira en s’investissant dans ses études, puis dans sa vie professionnelle: institutrice puis professeure de dactylographie à l’Ecole de commerce de Neuchâtel, elle deviendra directrice de l’Ecole professionnelle de jeunes filles de 1971 à 1976. Elle s’engage au parti radical et siègera au Conseil Général (1964 – 1976), puis au Grand-Conseil en 1969. En 1971 elle devient la première neuchâteloise élue au Conseil national. Elle luttera à Berne pour l’égalité salariale et la décriminalisation de l’avortement. Elle décède le 27 juin 2008 à Neuchâtel dans sa 86e année.

Bibliographie: Jean Dessoulavy/Passé Simple no 31, Janvier 2018, www.sngenealogie.ch

 

 

Tilo Frey.

Edouard Desor

Zoologiste, géologue, spécialiste de la préhistoire, passionné d’alpinisme et de politique, Jean Edouard Desor fait partie de ces savants touchant une large palette de connaissances à l’époque où celles-ci étaient moins compartimentées qu’aujourd’hui. Né à Friedrichsdorf (Allemagne) en 1811, de parents franco-suisses, Edouard Desor a étudié les sciences à Paris. Il débute sa carrière comme collaborateur du glaciologue neuchâtelois Louis Agassiz et l’accompagne dans ses expéditions alpines. C’est à Neuchâtel, où il s’établit par la suite, que Desor s’intéresse à la préhistoire, et plus particulièrement à la « civilisation lacustre », rédigeant par exemple « Le bel âge du Bronze lacustre en Suisse » en collaboration avec Louis Favre. Edouard Desor sera également le premier président de la Société d’histoire et d’archéologie du canton de Neuchâtel. En parallèle, ce progressiste épris des libertés et des idées nouvelles a siégé au Grand Conseil, dans les deux Chambres fédérales ainsi qu’au Conseil général de la Ville Neuchâtel, où il a été président en 1866. Il décède en 1882 à Nice. 

Le saviez-vous?

  • Desor a donné le nom de Valangien ou Valanginien à l'un des étages du Crétacé inférieur.
  • Dans les années 1850, Desor hérite de la maison de son frère à Combe-Varin, dans la Vallée des Ponts. Cet endroit devient en son temps un lieu « un rendez-vous international d’hommes de sciences », comme le dit le Dictionnaire historique de la Suisse (DHS).
Edouard Desor, savant neuchâtelois du XIXe siècle.

Clement Heaton

Prenez le temps d'admirer la cage d'escalier et le grand hall du Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel: cette oeuvre féérique et monumentale, on la doit à Clement Heaton, l'une des figures de proue du mouvement historiciste et Art Nouveau en Europe et aux Etats-Unis. Rien ne semblait prédestiner Clement Heaton à s'établir à Neuchâtel: fils d'un prospère artisan verrier londonien né en 1861, Clement Heaton s'est formé à l'art du vitrail au Royaume-Uni avant de s'établir à Boveresse puis à Neuchâtel, d'où étaient originaires ses deux épouses successives. C'est ici qu'il a diversifié sa palette des techniques, se perfectionnant dans le papier et toile repoussés, le cuir imprimé, la mosaïque, la marquetterie, le stuc... Clement Heaton a aussi réalisé une partie des vitraux de la Collégiale lors des travaux de restauration de Leo Châtelain dans les années 1870.

Le saviez-vous? 

  • Outre Neuchâtel, Clement Heaton a façonné les vitraux de nombreuses églises en Suisse: cathédrale de Bâle, temple Saint-François de Lausanne, Fraumünster de Zurich, American Emmanuel Episcopal Church et temple de Plainpalais à Genève, sans oublier ceux de Serrières et de St-Aubin. L'Hôpital Saint-Thomas de Londres et des églises à Strasbourg et Mulhouse témoignent portent également sa marque de fabrique.
  • En 1914, suite à l'incendie de son atelier, il quitte la Suisse et émigre à New York. Il y décède en 1940.
Vitrail de Clement Heaton.

Georges-Henri Pointet

Fauché à 36 ans les armes à la main pendant la Seconde guerre mondiale, Georges-Henri Pointet est une figure de la lutte contre l'hitlérisme. Ce natif de Vaumarcus, fils d'un employé postal, licencié ès lettres à l'Université de Neuchâtel, s'oriente vers une carrière militaire dans l'armée suisse. Mis sur la touche pour cause de sympathies socialistes, Pointet s'engage dans la lutte antifasciste. Engagé dans les Forces françaises libres, il participe aux combats d'El Alamein, de Tripolitaine, de Tunisie et d'Italie. Il est tué peu après le débarquement en Provence en 1944.

Le saviez-vous? 

  • En 1932, Georges-Henri Pointet publie un article en faveur du socialiste Ernest Paul Graber à l'élection au Conseil d'Etat neuchâtelois. Son lieutenant exige alors de lui qu'il "atteste par écrit que sa fidélité à la défense nationale irait jusqu'à tirer sur Graber et ses partisans", comme le raconte le Dictionnaire historique de la Suisse. Il refuse et sera dès lors "mis à disposition" de l'armée, c'est-à-dire exclu. Cette affaire suscite une polémique.
  • Au début des années 30, alors étudiant à Berlin, Georges-Henri Pointet alerte ses concitoyens sur la montée du nazisme en écrivant dans la "Feuille d'avis de Neuchâtel".
Portrait de Georges-Henri Pointet en 1937.

Jean Piaget

Jean Piaget, né à Neuchâtel en 1896, a exercé une influence déterminante sur toutes les sciences humaines. Son oeuvre écrite, qui compte près de 500 livres et articles, et ses enseignements aux Universités de Neuchâtel, Genève, Lausanne, sans oublier la Sorbonne, ont ouvert de larges pans de recherche dans les domaines de la psychologie et de la pédagogie. Selon le Dictionnaire historique de la Suisse, Jean Piaget "fonde trois de ses livres les plus importants, "La naissance de l'intelligence" (1936), "La construction du réel" (1937) et "La formation du symbole" (1945), sur l'observation de ses trois enfants de la naissance à 7 ans environ". Installé à Genève la majeure partie de sa carrière, le père de la psychologie cognitive est resté très prolifique jusqu'à sa mort en 1980.

Le saviez-vous? 

  • Pour Piaget, le développement psychologique de l'enfant est divisé en plusieurs périodes et stades d'acquisition. Découvertes aux Etats-Unis dans les années 60, ses recherches ont connu un énorme succès, contribuant, comme l'explique le Dictionnaire historique de la Suisse, "à refaçonner entièrement le domaine de la psychologie développementale et à lancer la vogue de la psychologie cognitive".
  • Une plaque posée au 8, rue de l'Orangerie signale le lieu de naissance du grand théoricien de la pédagogie. Et un buste lui est consacré dans le parc des Bastions, jouxtant le bâtiment historique de l'Université de Genève.
Jean Piaget.

Jean-Frédéric Perrenoud

Le pianiste et compositeur Jean-Frédéric Perrenoud a laissé des "oeuvres qui n'appartiennent ni à une école ni à un style particuliers", nous apprend le Dictionnaire historique de la Suisse. Après des études de théorie musicale, puis une licence de lettres et de théologie aux Universités de Bâle - où il fut élève de Karl Barth - et de Neuchâtel, ce natif de Cernier se lance dans la composition, notamment pour piano, mettant en musique des poèmes de Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, Shakespeare, Ramuz. « Une oeuvre nouvelle s'impose à moi dans une sorte de vision première ; j'essaie d'en préciser les éléments, les thèmes ; puis, par un travail d'approche lent, parfois douloureux, de concrétiser cette vision, de la transcrire sur le papier », disait le compositeur, décédé en 1988, selon son biographe Henri Gagnebin.

Le saviez-vous?

  • Il existe à Neuchâtel une Fondation Jean-Frédéric Perrenoud qui organise chaque année le Concours International de Musique de Vienne dans lequel figure une oeuvre de Jean-Frédéric Perrenoud par discipline. 
Jean-Frédéric Perrenoud.

Friedrich Dürrenmatt

Friedrich Dürrenmatt, fils de pasteur, naît en 1921 à Konolfingen dans l'Emmental et décède à Neuchâtel en 1990, où il a vécu 38 ans. Il a avant tout acquis une notoriété internationale avec ses pièces de théâtre "La Visite de la Vieille Dame" (1956) et "Les Physiciens" (1962), ainsi qu'à travers les adaptations cinématographiques de ses romans policiers tels que "Le Juge et son Bourreau" (1952) ou "La Promesse" (1958). Ses essais philosophiques et son œuvre tardive autobiographique, de même que son œuvre picturale - réalisé en parallèle à son travail d'écriture - sont moins connus. L'auteur a reçu de nombreux prix au cours de sa carrière. Il s'est marié à deux reprises et de sa première union sont nés trois enfants. (Source: Centre Dürrenmatt de Neuchâtel)

Le saviez-vous?

  • Le Centre Dürrenmatt Neuchâtel (CDN), consacré à l’oeuvre littéraire et picturale de Friedrich Dürrenmatt (1921-1990), a été conçu par Mario Botta et intègre dans son architecture l’ancienne demeure de l’écrivain et peintre. Il se situe dans le vallon de l'Ermitage, au-dessus du Jardin botanique.
  • Dans la série américaine "Esprits criminels" saison 7 épisode 21 ("Comme un aimant"), un agent cite une phrase de Friedrich Dürrenmatt : « Il n'y a que dans l'amour et le meurtre que nous sommes vraiment sincères ».
Friedrich Dürrenmatt.

Agota Kristof

Agota Kristof (1935-2011) a passé 55 ans de sa vie à Neuchâtel. C’est ici qu’elle a composé son œuvre littéraire, dans cette langue française qu’elle appelait « ennemie », et notamment un roman au style lapidaire, « Le Grand Cahier » en 1986, qui va connaître un énorme succès, suivi de deux autres tomes, « La Preuve » et « Le Troisième Mensonge ». Agota Kristof est née en Hongrie en 1935. Elle doit quitter son pays natal en 1956, avec son mari et leur bébé, lors de la grande répression de l’armée soviétique contre les conseils ouvriers. Agota Kristof a reçu de nombreux prix, dont le Prix Schiller en 2005 pour l’ensemble de son œuvre.

Le saviez-vous?

  • Agota Kristof a commencé à écrire des poèmes le soir, en parallèle de son emploi dans une usine d'horlogerie à Fontainemelon. Son oeuvre est marquée par la migration forcée.
  • "Le Grand Cahier", avec certaines scènes choquantes, a suscité la polémique lors de sa sortie, au point qu'en France un professeur avait été arrêté après avoir fait lire un passage de l'oeuvre à des enfants de 13-14 ans. Réaction de l'auteure: «Oui, évidemment, cette scène est pornographique. Et alors? Enfants, en Hongrie, nous parlions énormément de sexe. Cela fait partie d’une société en guerre. La guerre et les horreurs, voilà la vraie pornographie.»
Agota Kristof.

Fred Uhler

S'il ne fallait retenir qu'une chose de la vie de Fred Uhler (1908-1982), c'est celle-ci: en 1941, alors que le rideau de l'oppression fasciste s'abat sur l'Europe, il fonde à Neuchâtel les Editions Ides et Calendes pour défendre et illustrer la pensée française opprimée par l'occupation. Neuchâtel devient alors, en pleine tourmente, un espace de liberté d'expression et d'espoir face à la barbarie. Fred Uhler, né en 1908 à Neuchâtel, a exercé comme avocat dans l'entre-deux-guerres. Après son tournant vers le monde de l'édition, il lance, dès la fin de la guerre, des collections d'albums photographiques, puis de livres d'art. La qualité et l'originalité des ouvrages édités lui valent plusieurs prix en Suisse et à l'étranger. En 1980, il remet sa maison d'édition à Alain Bouret, éditeur français, nous apprend le Dictionnaire historique de la Suisse.

Le saviez-vous?

  • Fred Uhler s'est lancé dans l'édition suite à une conférence de Henry de Montherlant qu’il avait suivie avec émotion à Lyon en décembre 1940 : La Paix dans la Guerre. Il proposa au conférencier de l’éditer. Ce fut son premier livre, publié le 17 mai 1941 à l’enseigne des éditions Ides et Calendes. L’impulsion est donnée. La même année, le jeune éditeur se voit encore confier Triomphe de la vie de Jean Giono et le Porche à la nuit des saints de Pierre Jean Jouve, raconte le site des éditions Ides et Calendes, situées aujourd'hui à Lausanne.
  • Bibliophile, Fred Uhler possédait une riche collection d'ouvrages, dont une partie rejoint la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel en 1983.

 

 

Le premier livre édité par Fred Uhler.