Histoire

Histoire de la zone piétonne

La zone piétonne de Neuchâtel, plus grande de Suisse romande en termes de cohérence piétonnière, compte aussi parmi les plus anciennement créées de Suisse. En effet, c’est en 1972 déjà que le Conseil communal de Neuchâtel choisit d’interdire progressivement la circulation automobile dans le coeur historique de la vieille ville. Et ceci en dépit d’une farouche opposition des commerçants, se souvient l'historien Jean-Pierre Jelmini dans son livre "Neuchâtel 1011-2011". Inaugurée en grande pompe le 25 mai 1979, elle a rapidement conquis les habitant-e-s et les visiteurs de la ville. Retrouvez ici quelques moments forts de sa création.

Les prémices

Dans les années 60 et 70, dans plusieurs villes d’Europe, l’utilisation croissante de la voiture dans les centre-ville rend difficile la cohabitation entre piétons et véhicules, pose des problèmes de pacage et vide les centre-ville de leurs habitant-e-s, alors que les zones d’achat commencent à se construire en périphérie. L’une des premières villes à créer une zone piétonne est Copenhague, en 1962. En Suisse, plusieurs villes testent progressivement de telles zones, dont Lausanne et Genève. Globalement, les expériences donnent satisfaction aussi bien à la population qu’aux commerçants, même si ci-ceux exprimaient des craintes au début.

A Neuchâtel, l'idée fait aussi son chemin. En 1971, suite à des tests concluants, les samedis sont déjà piétons au centre-ville. En 1972, le Conseil communal adopte un règlement « pour la sauvegarde de la vieille ville » qu’il entend mettre en œuvre progressivement. D’importants travaux de mise en valeur du patrimoine architectural de la ville sont réalisés: Temple du Bas, Maison des Halles, rénovation de logements anciens, notamment, et plusieurs rues sont déjà interdites à la circulation, excepté livraisons et habitant-e-s. Le parking du Seyon nouvellement aménagé offre plus de 400 places de parc à proximité immédiate de la future zone piétonne. Malgré tout, les commerçants disent redouter la difficulté d'accès au centre-ville.

Les documents du Conseil général et les plans de la future zone piétonne

Les travaux

Le 3 juillet 1978, un crédit de 621'000 francs est octroyé par le Conseil général, qui le vote à l’unanimité, pour finaliser la fermeture du centre aux automobilistes et commencer l’aménagement de la rue de l’Hôpital et de la Grand-Rue. La Ville souhaite par là « réanimer le centre par une politique de développement qualitatif ». Alors conseiller communal en charge de ce dossier, Claude Frey obtient des commerçants un accord du bout des lèvres, un "mariage de raison" dira la presse locale. Les travaux démarrent rapidement, dès le mois d'octobre. La zone piétonne inaugurée en 1979 couvre une surface de sept hectares. Elle sera encore agrandie par la suite.

Pour pouvoir fermer le centre-ville à la circulation, il était nécessaire de créer un grand nombre de places de parc à proximité du centre-ville. Des parkings étaient nécessaires, en particulier en sous-sol. Ils seront réalisés quelques années plus tard. Seul le parking du Seyon, inauguré en 1976, permet déjà de se parquer à proximité immédiate de la zone piétonne. Mais le fameux 3 juillet 1978, le Conseil communal défend un autre dossier majeur: celui des Jeunes-Rives, avec son parking en éventail.

Les travaux de dallage devant l'actuel McDo un an avant l'inauguration

L'inauguration

Du 25 mai - date officielle de l'inauguration - au 9 juin 1979, des concerts, des spectacles, des performances musicales, une course de skate ou encore un lâcher de ballons sont organisés en l’honneur de la toute nouvelle zone piétonne. Des milliers de personnes viennent écouter les discours, des classes décorent le bitume devant le temple du Bas. Un festival de jazz rassemble la grande foule: Ozonejazz, l’ancêtre de l’actuel Festineuch. L'inauguration coïncide avec l'ouverture de la Quinzaine commerciale, et les magasins sont ouverts jusqu’à 22h00 certains jours. Un événement véritablement historique pour la ville et le canton de Neuchâtel.

"En changeant le visage des rues de Neuchâtel, vous lui avez redonné un supplément d'âme": c'est par ces mots que le conseiller communal Claude Frey conclut, le 15 mai 1979, son discours d'inauguration. "Ne laissons pas la ville se vider de son sang et de ses habitant-e-s, ne la laissons pas glisser dans la décrépitude". Il souligne aussi qu'en parallèle aux travaux de réalisation de la zone piétonne, quelque 30 millions de francs ont été investis par des privés. et qu'une trentaine d'appartements sont en voie d'être aménagés, montant un rapide renouveau du coeur de la ville.

La population fête l'inauguration de la zone piétonne

Les années suivantes

Rapidement, quelques mois suivant l'inauguration, une majorité de commerçants constatent une hausse de leurs chiffres d'affaires et de la fréquentation de leurs commerces. Mais les aménagements ne s'arrêtent pas à la rue de l'Hôpital et à la Grand Rue: à la fin des années 80, la rue du Seyon et la place des Halles sont fermées au trafic. En 1994, un petit ruisseau, le Ruau, est aménagé au centre de la rue du Seyon pour rappeler l’ancienne rivière. La dernière zone à avoir été fermée aux automobiles est la rue des Chavannes, en 1998. A la fin des années 80, un autre problème surgit: la spéculation immobilière, qui voit de nombreux appartements transformés en bureaux. La hausse de la population au centre-ville n'est pas si évidente qu'espéré. La Ville décide alors, au début des années 90, de contraindre les propriétaires d'immeubles à réserver deux étages sous les combles pour des logements.

En 2019, année de ses 40 ans, la zone piétonne doit connaître un nouveau dynamisme. En mars, le bus 101 ne circule plus par la rue du Seyon le samedi, mais il la contourne en passant par la rue des Bercles et par la rue des Terreaux. Dès avril, le marché s'étend au sud de la rue du Seyon, pour la plus grande joie des passant-e-s qui se réapproprient cette artère nouvellement piétonne. Une étape doit encore être franchie avec une nouvelle politique d'accessibilité à la zone piétonne, car année après année, les camions et véhicules de livraison sont toujours plus nombreux à entrer dans la zone piétonne à toute heure. L'objectif est véritablement de rendre la zone piétonne aux piétons!

La rue du Seyon avant sa fermeture

La vie avec la zone piétonne

La création de la zone piétonne visait, en 1979, trois buts principaux: redynamiser l'activité économique, fixer la population résidante au centre et faire du centre-ville un véritable lieu de rencontres. Aujourd'hui plus personne ne pourrait imaginer Neuchâtel sans sa zone piétonne, et de nombreuses manifestations s'y déroulent avec bonheur, comme la Fête de la Musique ou le Buskers Festival, alors que les terrasses se déploient où, il y a 50 ans, les voitures stationnaient ou circulaient sans cesse. L'ouverture des tunnels autoroutiers de la N5 (aujourd'hui A5), au début des années 90, ont achevé de libérer la ville d'un trafic source de bruit, de pollution et d'insécurité.

Malgré l'ouverture de centres commerciaux en périphérie, le commerce local reste bien vivant en ville de Neuchâtel, avec quelque 430 surfaces commerciales (avec vitrine) répertoriées au centre-ville. La Ville mène par ailleurs une politique active de valorisation des surfaces commerciales, qu'elle en soit propriétaire ou qu'elle joue un rôle de facilitateur. Le délégué au centre ville ou le délégué à l'immobilier et au logement poursuivent le même objectif: dynamiser la zone piétonne et tout le centre-ville de Neuchâtel, non seulement en tant que lieu d'achats, mais comme espace de vie, de découvertes et de rencontres!

Les gens déambulent dans les rues lors de la quinzaine