Jeudi 30.04.2026, de 18h à 20h - Vernissage
Mercredi 27.05.2026, à 18h - Visite guidée de l’exposition en partenariat avec la Société des Amis des Arts
Après 30 ans de peinture, Jonathan Delachaux revient à Neuchâtel, la ville où, adolescent, il montrait ses premiers travaux. Ce retour agit comme une boucle, comme un pli dans le temps, une mise en abyme vertigineuse où les débuts de l’artiste rejoignent le monde fictif créé il y a 30 ans. Un monde peuplé de figures mythiques, de lieux fictifs et de récits déployés à travers les biographies de Vassili, Johan et Naïma, et de leur mémoire picturale. Trois personnages qui, à travers son œuvre, ont acquis le droit de vieillir, de voyager et, pour certains, de s’éteindre. Trois décennies de peinture et un retour aux sources géographiques.
Au centre de cette exposition : Malkos Reilly, fils de Naïma, et figure d’une nouvelle génération. Malkos est un peintre de treize ans résidant à Tchan-Zâca, un archipel fictif et flottant que Jonathan Delachaux décrit comme un territoire artistique autonome, qu’il documente avec la précision d’un cartographe. Atteint d’argyrisme, Malkos porte sur sa peau les reflets bleutés d’une singularité biologique qu’il transmute en identité artistique. Ne nous trompons pas, les tableaux que vous voyez sont ceux de Jonathan Delachaux. Et le sujet est Malkos. Transfert troublant, Delachaux peint le peintre. Et dans l’espace de la Galerie C, les œuvres sont des fenêtres sur l’atelier de l’adolescent. C’est une mise en abyme, entre le réel et la fiction, l’œuvre et son reflet, le peintre et son sujet. Et par un glissement de réalité et de virtualité, les peintures de Malkos Reilly s’échappent du cadre et viennent habiter les mêmes murs. La peinture devient à la fois récit, décor, archive et projection.
L’exposition explore la porosité de ces frontières. L’atelier de Malkos devient un théâtre social. On y rencontre des proches, des collectionneurs et le double de l’artiste lui-même autour d’un miroir central qui, par le biais d’un dispositif immersif à 360°, abolit la distance entre le spectateur et la toile. La peinture ne se contente plus de figurer, elle advient.
Dans ce flux virtuel où les autoportraits du jeune peintre Malkos se succèdent, Delachaux réinterprète «L’Atelier du peintre» de Gustave Courbet et transforme chaque espace en un potentiel de peinture.
Benoit Huot nous transporte lui aussi dans une mythologie fictive, mais la sienne semble surgir de strates plus archaïques, comme si elle émanait d’un fond anthropologique commun. Il y assemble des imaginaires, des cultures et des formes issues de traditions vernaculaires pour composer des univers hybrides, à la frontière de l’animal, de l’artisanat et du totem. Ses figures, à la fois protectrices et inquiétantes, incarnent des forces ambivalentes. Autour d’elles se déploient des rituels, une spiritualité dense, peuplée de présences animales et d’entités diffuses, comme rassemblées autour d’un autel invisible. Chez Huot, l’hybridité devient un langage du sacré, une manière de convoquer des récits anciens dans une forme contemporaine, troublante et magnétique.
Cette tension entre transformation, hybridation et déplacement des formes trouve un écho dans le travail du duo Hipkiss, mais se déplace vers un registre plus explicitement politique. Là où Huot convoque des mythologies archaïques, Hipkiss ancre ses images dans des paysages reconnaissables, marqués par l’empreinte humaine. Leurs compositions, presque féroces, mettent en scène une nature altérée par l’industrialisation excessive du territoire anglais. Progressivement, un renversement s’opère : les végétaux absorbent les structures industrielles, les digèrent, les rejouent. Les plantes deviennent usines, cheminées et fumées, comme si le vivant mimait et subvertissait les logiques de production.
Ce basculement agit à toutes les échelles : dans les détails, où insectes, brindilles et pierres semblent muter les uns dans les autres, comme pris dans un flux continu de transformation ; et dans les vues d’ensemble, où des paysages luxuriants basculent vers une forme d’aridité paradoxale. Chez Hipkiss, l’hybridité n’est plus seulement mythologique ou symbolique, elle devient un outil critique, un moyen de penser les rapports de domination entre nature et industrie.
En réunissant les univers de Benoit Huot et du duo Hipkiss autour de celui de Jonathan Delachaux, la texture de l’archipel se densifie. Aux côtés d’œuvres qui dialoguent avec le sacré, l’organique et le mythologique, Delachaux interroge l’acte de peindre comme un espace narratif élargi. “Autour de Malkos” devient alors une réflexion sur la transmission, sur la fabrique des mythologies personnelles et sur la capacité de la peinture à contenir à la fois l’intime, la fiction et l’histoire de l’art.